Bibliographie, Vols, Autographes

Dictionnaire de pièces autographes volées aux bibliothèques publiques de la France

précédé d'observations sur le commerce des autographes

Auteur(s) : LALANNE Ludovic, BORDIER Henri-Léonard

 Paris, librairie Panckoucke, 8 et 14
 édition originale
  1851-1853
 1 vol (315 p.)
 In-octavo
 demi chargrin rouge à coins, dos à cinq nerfs,


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Le Dictionnaire de pièces autographes volées aux bibliothèques publiques de la France a été publié à Paris au cours de l’été 1851. Cet ouvrage, qui ne manque pas d’interpeller le lecteur contemporain par son sujet atypique, n’est pas issu du caprice ou de la lubie d’érudits. Il est publié dans un contexte bien particulier, celui du scandale causé par les agissements d’un personnage dont le culot monumental n’a eu d’égal que l’absence de scrupules et l’appât du gain : le tristement célèbre comte LIBRI. Bénéficiant d’appuis très haut placés, l’homme, qui se fait connaître par des travaux sur les mathématiques, obtient une chaire au Collège de France. Bibliophile réputé et collectionneur de textes rares, en 1841 il parvient à se faire nommer secrétaire de la commission du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France.

Sous la Révolution, nombre de bibliothèques d’établissements religieux et d’aristocrates ont été confisquées et transférées dans des bibliothèques publiques, souvent dépourvues de véritables catalogues voire de conservateurs attitrés. Abusant sans vergogne de ses fonctions, LIBRI accède ainsi à plusieurs établissements, dont certains très prestigieux, tels que la Bibliothèque royale et celle de l’Arsenal, exigeant à chaque visite que l’on le laisse travailler seul dans les réserves. Il profite de cette liberté pour dérober une grande quantité de manuscrits et d’autographes, n’hésitant pas à mutiler ou maquiller certains documents. Se sentant intouchable, il est alors pris d’une véritable frénésie de vols qui, immanquablement, finiront par être remarqués. Les premières déclarations de vol sont sans suite, mais une enquête aboutit à un rapport accablant pour LIBRI remis au garde des Sceaux. La révolution de février 1848 prive notre kleptomane de ses protections qui auraient sans doute enterré ce rapport à charge. Dès lors, devinant qu’il risque d’être bientôt arrêté, il s’enfuit à l’étranger avec la majeure partie de son butin.

Le scandale éclate finalement au grand jour quelques semaines plus tard, lorsque le fameux rapport est publié dans Le Moniteur. Une enquête ayant été diligentée, des perquisitions permettent de retrouver des liasses de documents anciens. Des archivistes-paléographes formés à l’École des chartes, Félix BOURQUELOT, Ludovic LALANNE et Henri BORDIER, sont désignés comme experts pour évaluer les dommages et répertorier les larcins. Avec un aplomb assez incroyable, LIBRI se pose en victime d’une cabale infondée, n’hésitant pas à porter plainte contre les journaux qui ont dénoncé l’affaire. Mais le comte bénéficie toujours de nombreux soutiens, dont celui de Prosper MÉRIMÉE qui dénigre les investigations et les expertises par voie de libelles.

Prononcée en juin 1850, la condamnation de LIBRI par contumace à dix années de réclusion et à la dégradation nationale ne met pas un point final à l’affaire. L’homme continue allègrement à écouler le fruit de ses vols, soutenu par un carré de fidèles qui, contre toute évidence, persistent à crier à la machination. Voulant profiter de l’exposition médiatique de  cette affaire, deux des experts du procès, LALANNE et BORDIER, saisissent l’occasion pour attirer l’attention du public sur des problèmes déjà anciens qui minent la plupart des bibliothèques publiques : une gestion chaotique, un catalogage inachevé, une surveillance défaillante et surtout la pénurie criante d’un personnel qualifié et permanent ; autant de manquements graves qui ont ainsi permis les détournements et les abus révélés par l’affaire LIBRI.

Le projet de ce dictionnaire, qui remonte à la fin de 1848, permet à nos archivistes de dévoiler l’ampleur méconnue d’une affaire pour laquelle ils ont constitué un véritable dossier depuis déjà plusieurs années. Les recherches qu’ils ont menées dans le cadre de l’enquête leur ont permis de rassembler un nombre impressionnant de preuves et de dresser un recensement assez exhaustif des vols commis dans les bibliothèques publiques ; sujet dont la gravité est restée très largement ignorée du grand public, voire des autorités. Plutôt que de répondre à leurs détracteurs, nos deux auteurs veulent avant tout lancer une alerte : “Pendant l’instruction de cette affaire, dont le retentissement a été si grand et où nous avons été, comme experts, les délégués de la justice, il nous a fallu garder le silence malgré les attaques dirigées contre nous. Si aujourd’hui nous nous décidons à le rompre, en parlant des autographes, ce n’est point pour répondre à des pamphlets que nous avons méprisés, mais pour signaler l’audace et les funestes proportions d’une criminelle industrie. Le travail de notre expertise nous a mis sur la voie d’innombrables méfaits, dont nous avons poursuivi la recherche même après l’expiration de notre mission, et nous n’hésitons pas à publier les renseignements que trois années
d’investigations dans les bibliothèques de Paris et des départements nous ont permis de recueillir.”

Les auteurs dénoncent dans leur dictionnaire un fructueux commerce de pièces autographes qui a pu prospérer grâce à la négligence, voire l’incompétence ou la complicité de certains responsables, mais aussi par le fait que ce type de documents est désormais très prisé des collectionneurs. Nos chartistes font d’ailleurs valoir que “quelques personnes ont cherché à nous détourner de cette publication. Elles pensaient qu’en signalant d’une manière aussi précise les autographes volés, nous empêcherions ces pièces de passer désormais dans les ventes et que les collecteurs enrayés chercheraient, comme quelques-uns l’ont déjà fait, à s’en débarrasser en pays étranger, où ils seraient à l’abri des revendications depuis une bonne trentaine d’années“. Entre 1836 et 1850, ils ont recensé 95 « ventes légales » consacrées à ce type de documents, soit 58 000 pièces, dont la provenance est, pour la plupart d’entre elles, sujette à caution.

Ce dictionnaire constitue avant tout un catalogue recensant des documents portés disparus ou ressurgis à l’occasion d’une vente, classés par nom d’auteur du manuscrit. Fruits d’un long et rigoureux travail d’enquête, les notices sont précises et argumentées. Cet inventaire, impressionnant, ne reflète pas toute l’ampleur des dommages, ce que regrettent les auteurs en fin d’ouvrage : “Bien que nous ayons examiné plus de trois mille manuscrits contenant environ quatre cent mille pièces, bien que nous ayons pu signaler, dans les pages qui précèdent, près de sept mille lettres ou documents autographes enlevés à des établissements publics, notre travail est encore très incomplet, ainsi que nous l’avions annoncé en commençant. Nous ne nous sommes guère occupés, en effet, que des autographes antérieurs au XVIIIe siècle ; nous n’avons pu visiter qu’un très petit nombre des bibliothèques de nos départements et, même à Paris, nous avons dû négliger les Archives nationales, celles de l’université, les importants dépôts du ministère de la Guerre, du ministère des Affaires étrangères et d’autres encore, où des déprédations ont été commises.” Les auteurs espèrent malgré tout que leur ouvrage et les remous de l’affaire LIBRI vont faire évoluer les choses dans le bon sens.

Ils concluent leur propos en ces termes : “Signaler de déplorables soustractions qui, pour la plupart, ne remontent pas au-delà d’une vingtaine d’années, et y mettre un terme en éveillant sur ce point l’attention publique, placer sous les veux des bibliothécaires des renseignements suffisants pour les aider à exercer leurs revendications, faire appel à la probité des amateurs et des marchands, les tenir en garde eux-mêmes contre les déprédateurs ou les faussaires et, à la fois, nous reposer de cette tâche pénible en indiquant les trésors historiques et littéraires qui se rencontraient sur notre chemin, tels sont les résultats que nous nous étions proposés par cette publication et que nous espérons avoir obtenus.”

 Quelques exemples

ALEMBERT (J.-LE ROND D’), géomètre, né 1717, m. 1785. Les trois pièces suivantes qui ont figuré, la première à la vente Gottlieb W., sous le n°262, la deuxième à la vente du bibliophile Jacob (1840), la troisième à la vente du 8 décembre 1845, sous le n° 6, proviennent des archives de l’Institut. 1°. D’Alembert et Lemonnier, Rapport sur un Mémoire sur les éclipses de soleil par Godin et Du Séjour ; 2°. Rapport, en date du 10 décembre 1746, fait de concert avec Lemonnier, par ordre de l’Académie des sciences, sur un mémoire de M. d’Arcy, intitulé Principe général de dynamique, autogr. signé ; 5 pages in-4 . 3°. Compte rendu, autographe signé, à l’Académie de l’ouvrage du P. Walmesley, bénédictin anglais, ouvrage qui a pour titre Réduction intégrale aux logarithmes et aux arcs de cercle ; 2 pages in-4°, avec la signature de Clairault.

PHILIPPE V, roi d’Espagne, né 1685, m. 1746. Trois lettres de ce prince ont été enlevées aux tomes 2 et 9 de la correspondance des Noailles (biblioth. du Louvre). La première, sans date, à madame de Noailles ; les deux autres au cardinal de Noailles, en date du 12 janvier 1702 et du 28 décembre 1708.

VINCI (Léonard de) – M. Libri, dans les papiers duquel on n’a retrouvé aucune trace d’acquisition de manuscrits autographes de Léonard de Vinci, a vendu à Lord Ashburnham deux manuscrits qu’il a décrits ainsi sur son catalogue : « Deux volumes remplis d’écriture et de dessins de Léonard de Vinci. 2 volumes in-4°, sur papier XVe siècle. Précieux manuscrit autographe. »



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